Posté par Arnaud R. :
Je retiendrai, de mon séjour à Dublin, l'atmosphère toute particulière qui règne en maître dans cette ville et que je soupçonne de sévir dans tout le pays. On ne parvient pas tout de suite à identifier les raisons qui font que l'on se sent bien en Irlande. Il s'agit, certainement, de l'accueil dynamique des chauffeurs de bus à la sortie de l'aéroport, des regards bienveillants face à nos panoplies de parfaits touristes, des marques de gentillesse que nous témoignent les commerçants, les serveurs, les guides, etc. Viennent ensuite les extravagances des artistes de rue que l'on rencontre dans le quartier de Temple Bar. L'évocation de l'ambiance dans laquelle on est plongé, les soirs, au hasard des pubs, peut paraître banale ; il est néanmoins peu commun de voir les gens se parler, s'amuser, rire au rythme des chants traditionnels avec tant de vie, d'authenticité. C'est de cette façon que nous avons rencontré les gens de Dublin, impossible de ne retenir qu'un seul de ces moments. Choisir une anecdote à propos de l'accueil étonnant des irlandais serait vain. Mes souvenirs forment un tout. Un tout dans lequel rien n'est à jeter, pas même la pluie.

Chaque jour passé dans ce pays apporte son lot de bonne humeur, d'échanges. C'est ce qui fait que l'on se sent en confiance chez les irlandais, serein et certain de quitter l'île en rapportant en France un peu de leur façon de vivre.

Posté par Vincent G. :
"Des Irlandais, j’ai eu l’occasion d’en rencontrer un certain nombre au cours de mon année sur la verte Erin : Paul, Glen, Steve, Eileen, Margaret, Stacey, etc. Aucun d’eux, cependant, ne m’a autant marqué que Rodney. Il faut dire que Rodney était bien plus qu’une simple connaissance, il faisait partie de notre bande de colocataires. A ce titre, nous avons partagé pas mal de moments privilégiés qui, aujourd’hui encore, me font sourire quand j’y repense. L’un de ces mémorables souvenirs est lié à un événement vraiment particulier, événement à travers lequel Rodney a montré toute l’étendue de son « irlandité ».

En dépit du fait que notre colocation vivait bien, Rodney émit un jour l’envie de la quitter et d’avoir son home sweet home bien à lui. Il se mit donc en quête du logement de ses rêves, qu’il trouva bien vite.
Pourtant, de manière curieuse, le déménagement tarda en longueur… Quand vint finalement le jour fatidique, Rodney était plus nerveux que jamais. Installé tranquillement dans la cuisine, j’étais en première ligne pour observer son activité frénétique. On aurait dit qu’il était monté sur ressorts ! Pendant trois bonnes heures, ce ne fut qu’allers-retours entre sa chambre et la cuisine, où il ne restait que deux secondes, le temps de dire « bonjour » et « ça roule ? »

A son stress évident s’ajoutait autre chose : un manque flagrant d’empressement. En effet, de son enthousiasme initial ne restait alors plus rien. Malgré tout, le déménagement restait à l’ordre du jour.

Bien déterminé à ne pas voir partir l’un des membres de la coloc’ qui m’était le plus proche, il me fallait donc trouver un moyen de le décourager totalement. Pour cela, une seule tactique : trouver le point faible et l’attaquer là-dessus ! Et avec Rodney, cela n’a pas été dur à trouver…

Les statistiques montrent que l’homme irlandais aime la vie. Ainsi, il aime à se retrouver autour d’une bonne table, pour trinquer, faire ripaille et pousser la chansonnette (et s’agissant de Rodney, il faut reconnaître qu’il la pousse plutôt bien !). Mais ce que l’homme irlandais aime par-dessus tout, bien plus que tout (c’est dire !), c’est PAR-LER !

L’homme irlandais est ce qu’on appelle communément un moulin à parole, un bavard, un blablateur, voire même une langue sur pattes. Toute occasion est bonne pour parler, même quand elle ne l’est pas !

Et donc inutile de dire que j’ai joué à fond sur cette corde sensible, de manière assez mesquine parfois : « Mais Rodney, tu veux vraiment partir vivre TOUT SEUL dans ton appartement du centre-ville, situé dans un immeuble où PERSONNE d’autre n’habite, loin de MOI, la SEULE personne à qui tu PARLES vraiment en dehors de ton boulot ? » Résultat ? Un déménagement express : en une heure, Rodney quitta la coloc’… et y revint !

Au final, je dirais que Rodney symbolise parfaitement l’esprit qui règne en Irlande : le fort attachement à la communauté, le goût pour le bantering, mais aussi, et surtout, celui, formidable, pour la spontanéité et la surprise."   

Rédigé par Nadine P.

Juillet 2004, nous voici en Irlande avec nos enfants. L'Irlande, ils en ont entendu parler : ces paysages merveilleux sous les couleurs de septembre.
Mais cette fois-ci, nous n'aurons pas l'occasion d'apprécier ces splendides paysages du nord de l'Irlande : halte à Drogheda. Mon mari suite à un malaise est hospitalisé. C'est à ce moment-là que nous avons pu apprécier l'hospitalité et la gentillesse des Irlandais.
Là, j'ai rencontré Olive, propriétaire d'un B&B qui nous a proposé, à mes trois enfants et moi-même, en plus d'une chambre préparée dans l'urgence, de la suivre jusqu'à un restaurant. Elle est allée voir la responsable, malgré la file d'attente des consommateurs qui attendaient une table, et lui a expliquée notre situation. Nous avons été servis en priorité et à l'écart dans une petite salle où nous avons pu profité d'un service "VIP".
Les jours d'après, à l'hôpital, où mon mari se rétablissait, nous avons fait la connaissance de Brendan, hospitalisé lui aussi. Cet homme âgé d'une soixantaine d'années, parlant le français et adorant la France et sa culture, nous a servi d'interprète. A chaque visite à l'hôpital, il venait nous rendre visite dans la chambre. Et plus qu'un simple traducteur, nous avons rencontré un homme charmant, serviable, nous parlant de l'Irlande et des Irlandais sachant nous distraire par des blagues typiquement "Irlandaises". Très croyant, il nous a communiqué sa foi en Dieu et l'espoir d'un avenir serein. Nous continuons à nous écrire et à chaque fois, c'est un plaisir d'avoir des nouvelles de "notre ami Irlandais".
Ce deuxième voyage dans le coeur des Irlandais nous a laissé des souvenirs chaleureux et inoubliables même s'ils se rattachent à un accident de parcours dans "notre voyage si bien organisé".

Rédigé par Philippe M.

La vieille dame sur la lande

            L’été 2003 nous voit revenir en terre irlandaise pour une quinzaine, Donegal puis Connemara. Au cours d’une balade en voiture au hasard dans le Donegal, après avoir traversé la petite ville de Crove, nous montons par une petite route étroite et nous arrivons à proximité d’une tourbière où une silhouette se découpe sur un ciel mitigé de bleu et gris : la posture voûtée de la personne et les tas de tourbe empilés comme le bois chez moi, me font ralentir puis finalement m’arrêter ; je descends suivi de ma femme, ma fille et mon fils ; ma belle-sœur, son mari et leurs enfants se garent derrière nous. Je traverse le petit fossé, entre sur la tourbière en évitant les trous et salue une honorable « lady » qui empile des pains de tourbe sur un tas ; elle répond à mon salut et commence à me parler en Gaélique ; je ne suis pas très doué pour l’Anglais mais là je n’avais pas reconnu la langue ; je lui explique que je suis Français et que je ne comprends pas, elle sourit et me parle en anglais sans aller trop vite. Nous entamons une discussion sur l’exploitation de la tourbe lorsque le reste de la famille nous rejoint
            Elle est une petite dame aux cheveux blancs comme neige, coiffée d’un bonnet de laine gris à pompon, vêtue d’une chemise bariolée noire, rouge et blanche, d’une jupe grise. Une paire de bottes en caoutchouc noir complète son habillement. Un visage ridé, marqué par les années d’une vie rude dans une région sauvage, salue joyeusement les enfants qui approchent.
            Je me présente puis je présente le reste de ma famille. Elle se présente à son tour avec un grand sourire pour les enfants et commence à expliquer l’extraction de la tourbe avec force gestes pour que tous puissent suivre, les enfants les plus jeunes ne comprennent pas ou peu l’anglais. Elle va refaire pour nous et surtout pour les enfants qui l’entourent les gestes qu’elle fait depuis cinquante ans sur sa tourbière. Nous saurons tout de l’extraction de la tourbe en quelques minutes depuis le découpage des morceaux de terre imbibées d’eau jusqu’à leur combustion dans la cheminée de la maison. On sent à travers ses explications et ses gestes la fierté du travail traditionnel et le plaisir d’en parler à des étrangers.
            Elle habite Crove, en bas, et vient régulièrement exploiter sa tourbière, son mari est mort et elle continue seule à sortir sa tourbe puis à l’empiler pour la faire sécher. Elle me montre sa vieille  Ford un peu plus bas avec laquelle elle descend la tourbe quand elle est sèche. Elle nous fait signe de nous approcher pour nous montrer ses outils et un tas de tourbe sèche qui attend sa mise en sac. Elle a d’ailleurs commencé à en remplir un.
            Je lui demande l’autorisation de faire des photos de la tourbière, d’elle et des enfants, elle acquiesce en souriant et je fais une série de photos, certainement les plus belles du séjour. Je me baisse et ramasse un morceau de tourbe, je l’observe et lui demande si je peux le garder… Yes ! bien sûr… Elle se retourne et ramasse un sac qu’elle remplit et me tend, elle en remplit un autre qu’elle tend à mon beau-frère, je dois l’arrêter car elle nous aurait donné un sac à chacun (nous sommes huit !).
            Nous restons encore quelques temps à discuter avec elle, le temps passe vite et nous nous dirigeons vers les voitures. Elle nous accompagne jusqu’à la route et je lui demande son adresse pour lui envoyer des photos de notre rencontre dès notre retour en France. L’accent irlandais et ma faculté innée pour la langue anglaise m’empêchent de bien comprendre : je lui tends mon carnet et mon stylo et elle note d’une belle écriture tremblée son adresse :
Kathleen C. – Crove – Carrick – Co Donegal.
            C’est avec regret que nous quittons la tourbière, nous aurions aimé rester plus longtemps et nous installer dans un petit coin de cette lande « gaëlle » afin de mieux connaître cette vieille dame irlandaise. Tout voyage occasionne ces merveilleux moments trop fugitifs sur l’instant mais qui durent dans la mémoire des gens qui les vivent, l’Irlande comme ses cousines l’Écosse et la Bretagne que nous fréquentons, nous permettent de faire ses rencontres, les fées doivent encore y vivre et veiller au merveilleux sur ces terres du bout du monde.
            Voilà, cette rencontre date de cinq années et je revois toujours cette silhouette voûtée se découper sur la tourbière comme si c’était hier… d’ailleurs certains jours il me semble la croiser au petit matin sur les tourbières embrumées de la Margeride où j’habite.
            Dans ma cheminée, de l’autre côté du bois, un pain de tourbe de Mme Kathleen C. se trouve toujours là. Il attend un événement important pour émettre sa lumière et mêler sa senteur Gaélique aux senteurs de la Margeride.

Rédigé par Marlène F.

Fille du sud, puisque je vie à Toulouse et que vous me prendriez certainement pour une Italienne ou une Espagnole comme bien d'autres, je n'en suis pas moins facinée par la culture celte et gaëllique, ce qui explique mes études d'Anglais.
    J'ai 20ans et je ne m'étais jamais rendue dans un pays anglophone malgrés le fait que j'ai déjà mon Deug de "langue littérature et civilisaton anglais" en poche, et cet été j'ai eu la chance d'aller en Irlande pour la première fois avec ma mère, mon beau père et ma soeur.
    Nous avons traversé la France en voiture, voyage occupé par la lecture du guide du routard et de documents divers pour essayer d'y voir clair entre les différents types de bierres "bon sang mais c'est quoi la différence entre 'stout', 'guiness', 'ale'?", quel est le meilleur whisky tourbé, et autres considérations autement phylosophiques, jusqu'à Roscoff, où nous avons prie le ferrie "Oscar Wilde".
    A peine avions nous quitté les côtes françaises que le brouillard et le froid sont tombés sur le ferrie, à la manière 'd'Astérix chez les Bretons', ne dérangeant aucunement les dauphins qui nous ont accompagnés le long du voyage, comme emissaires d'un autre monde.
A partir de ce moment nous n'avons plus laché nos pollaires et imperméables, et avons trés rapidement compri par la pratique l'interrêt de la guiness (qui est une stout, ou bierre brune, tout simplement).
    Première image à la sortie du ferrie: routes innondées, même pour un Irlandais il faisait vraiment un temps de chien, "attention on roule à gauche ici!", "ha oui! tien, les limitations sont en km/h et pas en miles, rapides les effets de l'Europe".
Puis traversée de Roslare, et premier fish and chips a Watterford, aux façades aux couleurs étrangements assorties malgrés qu'elles soient totalement dépareillées.
Petite pensée pour les Bikers du ferrie, qui doivent souffrir entre les trombes d'eau, et nouveau départ, Limerick, Gallway, "c'est marrant toutes les maisons ont des drapeaux, ça doit être les couleurs de leurs équipes de rugby", "mais attend, c'est une charette! sur la rocade!"
   "OK maintenant direction Clifden, puis à gauche: Carna... on y serat dans 20min.."
Deux heures plus tard nous arrivons par une nationale de 2 métre de large au fin fond du Connemara, paysages déserts, pas de maisons, rien à l'horrizon si ce n'est les tourbières balayés par les pluies, si violentes que l'on n'y voit pas à plus de 6 métres, et aprés une série de coups de télèphone a notre hôte, enfin le cottage, et la chaleur parfumée de la tourbe séchée, et sa gentillesse.
Et le landemain réveil sous un ciel sans nuages, et c'est à ce moment que nous avons réalisé dans quel paradis nous étions tombés: juste devant notre fenêtre se trouvait un petit port de pêche, avec ses frêles esquifs colorés sur l'étendue d'un bleu profond, qui contrastait avec les rochers et l'herbe d'un vert que je n'ai jamais vu en France, des troupeaux de vaches et de mouton tri-colores entouraient le cottage, le tout créant une harmonie hésthétique remarcable.
Souvenir des routes des allantours de Clifden et de la sky road bien nommée, falaises verdoyantes, fushias sauvages le long des routes, mégalithes non indiqués, trésors cachés et non sur-exploités comme en france, si bien intégrés aux paysages magiques du connémara.
Puis les pubs de bois, où tout d'un coup vers 17h vous vous retrouvez dans une foule étonnante alors que jamais vous n'auriez pensé qu'autant de monde peuplait les environs, odeurs de bierre, de saumon, de pomme de terre, et le son des violons et des ballades en gaëllique, et toujour cette bonne humeur contagieuse, et cette convivialité, on rit des préjugés, et de tout en fait. "what do you think of irish people?", "is it true that you eat frogs?"
Puis le retour par le sud, coup de coeur pour Killarney et Cork, gallére pour faire sécher les tentes, envie de retrouver les 28°c du sud, mais coeur séré de devoir partir.

Pour moi l'Irlande c'est le souvenir d'un peuple aussi chaleureux que ses terres sont froides et humides, de paysages à vous couper le soufle, de châteaux féériques, en particulier kylemore abbey, et une histoire passionante...

Je suis aller en Irlande et je sais pourquoi les Irlandais croient toujours aux fées.


Rédigé par Prescillia P.

Nous étions en visite dans le parc historique de Bunratty, près de Limerick, découvrant la vie passée des Irlandais.
Au travers de notre parcours, nous étions arrivés dans la partie du site dédiée au début du 20ème siècle : l'école, l'imprimerie, les vieilles bâtisses...
Tout respirait l'âme d'autrefois. Notre curiosité nous conduisit dans l'ancien pub qui avait gardé tout son charme, jusqu'à ces pancartes Guinness de l'époque.
Et que ne fût pas notre surprise, lorsque nous découvrîmes dans une pièce voisine, une vieille dame assise près du feu qu'elle ravivait, attendant les visiteurs.
D'un air joyeux, elle nous accueillit et la discussion s'engagea. Elle nous raconta son histoire, sa vie d'antan, nous parlant de la joie de vivre de son village, des
rencontres qui se déroulaient dans ce pub et qui l'avait conduite à trouver son mari. Et nous écoutions, buvant ces paroles qui nous emmenaient au delà du temps.
Les irlandais savent partager, même s'ils n'ont que peu de chose, ils sont toujours prêts à donner ne serait-ce qu'un bout d'eux-mêmes.
Ce jour-là, cette vieille femme a su, en quelques minutes, nous offrir l'histoire de sa vie et partager ses souvenirs.

Rédigé par Vivianne H.

J’ai toujours été attirée par l’Irlande, mais faire le grand pas d’y aller… mais un jour, où mon moral été au plus bas,triste et seule dans un bar, à redéfinir les priorités de ma vie…  le groupe Les corrs passent à la radio, les premières notes me font basculer dans un autre monde, je pose mon stylo et je ferme les yeux, cette musique est reposante, c’est l’Irlande. Et si c’était un signe, c’est peut-être maintenant que je dois aller  à Galway. Pourquoi pas.

Irlande: Galway, mercredi dix-sept septembre 2006, vingt et une heure vingt-cinq… dans un pub de la ville.
Et c’est ainsi, que quelques jours plus tard, je me retrouve dans ce fameux pub «  The Quays », assise, à  mater  la beauté du lieu. C’est un ancien pub à matelots, qui a été superbement redécoré dans sa partie supérieure grâce à un véritable intérieur d’église ramené d’Ecosse. Tout est fabuleux, les boissons, la musique, l’ambiance.
  Un homme s’approche de moi, il est intrigué de me voir toute seule, enfouie dans mes pensées, les deux mains entourant le verre de bière plein. Il en décide autrement et s’invite à ma table, il s’appelle Derrick.
  Il ressemble à un viking, il a de longs cheveux frisés à tendance rousse, une voix très grave, des dents jaunies par le tabac. Il parle avec un fort accent irlandais, c’est évident, je suis de Galway me confit-il.
  Il passe ces soirées à chanter et à jouer de la guitare dans les pubs de la région, c’est sa passion, son métier. Il n’est pas très beau, mais il a beaucoup de charme, un grand sourire qui en dit long sur sa vie passée. Il boit la bière comme un vrai Irlandais, quelle descente !      On parle de tout et de rien, c’est agréable et très intéressant. On rit, on en est à notre troisième pinte, on se drague un peu. Il parle de son pays, ses endroits préférés, me décrit la beauté des îles d’Aran, notamment  Inishmore et son Fort de Dun Aengus.
  Il raconte des légendes concernant une falaise magique de 80 mètres de haut…
  J’aime ce pays pour ses histoires, ses contes. Les légendes font partie de la littérature orale transmise de génération en génération lors des veillées. Quels que soient nos âges, nos appartenances ethniques, notre sexe, on a tous envie d’y croire.
  Arrive le moment où il me quitte pour aller rejoindre ses amis musiciens sur la scène et aller chanter.
  J’abandonne donc aussi la grande table, je m’installe au comptoir commander une autre Smithwick’s et j’écoute ce groupe traditionnel dans l’ambiance bien connue d’un pub irlandais.
  De U2 à Corrib Folk, en passant par Sean Dynes, The Pogues, Derrick sait mettre en musique toutes ces belles mélodies. Les verres en l’air, toute la salle chante, et regarde la scène. Les musiciens jouent du bodhran, du wistle, du violon, et Derrick de la guitare. Il est super beau à présent, parfois la beauté n’est pas apparente, elle est souvent cachée.
   I would like to sing a special song for a French girl, a pretty girl, her name is Viviane, and this song is for you Viviane. She’s a beautifull woman, a very nice girl. I’m in love with you Viviane, I love you, I love France! I love you Viviane, annonce t-il au micro juste avant de chanter, ma chanson.
  Je n’en crois pas mes oreilles, mon teint passe alors de l’orange au rouge plus vite qu’un feu de signalisation, tellement mon cœur est touché. J’ai chaud, je ne sais si c’est l’effet de l’alcool, de l’émotion de l’entendre me dédicacer une chanson, ou tout bêtement qu’il me dise qu’il m’aime. Quelle touchante attention, je lui avais dit que la chanson que j’aimais le plus  était « Dirty old town » la chanson chantée par le groupe  The Pogues.  Chantée par lui, cette chanson avait un charme encore plus merveilleux. Je suis hypnotisée par Derrick, il a trouvé la clé d’une porte jamais ouverte, celle de mon coeur. La musique, les paroles me parlent, je suis envahie d’une joie sincère et inattendue. Les gens me regardent, on lève nos verres : Slainte ! Santé pour tous ! On est remplis de joie et de bières.
  J’ai le cœur qui bat la chamade, je suis vraiment heureuse, je me sens belle, et si timide à la fois. Ma tête joue sur le rythme de la musique, mes mains tapotent sur le comptoir, tout le monde chante avec lui. Derrick m’a touché, je me sens comme une collégienne devant son premier flirt. Je suis aux anges, cet homme-là, je ne le connais pas, mais il a agité une baguette magique. Il m’a aimé juste le temps de le dire, et ça c’est fabuleux.
  Le comptoir ne désemplit pas, toujours débordant de verres, de coudes qui se touchent, de groupes de touristes qui s’arrêtent par là, de vieux Irlandais qui connaissent par cœur les chants traditionnels.
  Oui sans aucun doute, ce soir, est une découverte exceptionnelle. J’ai même pleuré, mais ce sont des larmes de joie, de bonheur.
  Le concert terminé, je suis allée voir Derrick, mon prince du pub pour le remercier de sa dédicace, de cette fantastique et inoubliable soirée. Il me sourit sans arrêt, il a un rire grave d’homme bien mûr. Ses magnifiques et persans yeux gris perle brillent de mille feux, c’est clair que pour lui, ce n’est que le début de la fête. Il m’invite à une veillée dans un autre pub de la ville, je décline l’invitation.
      - Thanks, Derrick, je te remercie, mais demain matin je voudrais aller au fort de Dun Aengus très tôt, j’ai très envie de découvrir cette falaise, lui dis-je avec un petit sourire en coin et un clin d’oeil.
  Sur ces paroles, il m’embrasse tendrement  et délicatement sur la bouche, nos yeux restent fermés, il me semble que ce baiser dura une éternité.
   - Je te souhaite une bonne nuit, et une agréable journée pour demain ( en anglais of course !)  « see you soon in Galway ».me chuchote t-il.
  Il me regarde, marche à reculons et s’éloigne pour rejoindre le reste de son groupe au comptoir.
  Je ne sais pas pourquoi je lui ai répondu cette phrase, avant même de le lui dire, je ne savais pas moi-même que je voulais voir ce monument. Je ne fais que lui sourire et le regarder amoureusement, plus aucune parole ne sort de ma bouche, j’ai les larmes qui me reviennent. Dans ma tête, je me dis : merci, Derrick, merci de t’avoir rencontré, merci d’avoir été là ce soir. Je sais ce que je veux maintenant, j’avais oublié la chose la plus importante sur la liste de ma nouvelle vie. Je veux aimer et être aimée. L’amour sera ma priorité.
  Il ne me faut que deux minutes pour rentrer à l’auberge Barnacles, à quelques pas du pub.
  Je n’ai pas froid, l’alcool est encore dans mon corps, et la douceur des lèvres de Derrick  sur ma bouche. Je ris encore.

  Étendue sur le lit, seulement recouverte d’une fine couverture en nylon, je contemple le plafond. La tête me tourne un peu, je sentais pointer l’insomnie, je suis encore sous l’effet du bonheur d’avoir trouvé la chose. Je consulte les horaires du bateau pour aller aux îles d’Aran… demain  j’y serais. Un dernier coup d’œil à mon guide du routard, un bref résumé sur Galway, ma  nouvelle ville d’adoption. Une brève lecture sur l’histoire de la bague de Claddagh, elle a une signification très importante pour les Irlandais, c’est leur alliance traditionnelle. Trois symboles y sont représentés : l’amitié, la fidélité et l’affection. L’anneau raconte une histoire romantique. Quelle belle façon de plonger dans un somptueux sommeil  pour retrouver les bras de Morphée. Le sourire aux lèvres, les yeux fermés, en position du fœtus, le guide entre mes mains, je ne touche plus terre, je vole vers les nuages, une bague au doigt. Je suis heureuse.

L’Irlande fut une découverte émotionnelle. Je porte à mon annuaire la bague de Claddagh, il n’y a pas un jour où je ne pense pas à Galway. Ce pays reste à mes yeux le plus beau voyage de ma vie, j’ai réalisé que l’expression  je t’aime était magique. Une révélation extraordinaire…

Rédigé par Jérémie J.

Bonjour,

Dix-neuf ans et quelques économies. Puisque l'Irlande - son histoire, sa musique - m'attire, je m'offre une semaine à Dublin. Seul, pour mieux en saisir l'âme
De pub en pub, les rencontres se font. A Temple Bar, je commande une Guinness dans un des seuls bars de l'île qui n'en sert pas. Dans un autre pub une grand-mère, lorsque je lui dit que mon attirance pour son pays, m'explique avec sérieux (et un accent surprenant) : you can run around the world if you like, but you will never run away from yourself. Et même sur la plage de Killiney - le plus paisible endroit au monde - un promeneur m'aborde pour finalement féliciter mon anglais.

De retour en France, il faut moins d'un mois pour me décider à faire à nouveau mes bagages, cette fois pour de bon.
Les premiers mois, je découvre, je visiter, je m'immerger Puis je rejoins un office. Les mois, une année passent. Et je me sens bien, terriblement bien. Cette rencontre avec une île, un pays, une nation, c'est une série de rencontres avec des Irlandais et des Irlandaises affables, bavards, et buveurs. Collègues de bureau, amis, amis d'amis, landlords ou simples « punters » de l'autre bout du comptoir, partout les gens se parlent, et rient, comme pour oublier la pluie. En Irlande, la rencontre c'est le craic.

Après 18 mois, j'ai quitté à reculons cette atmosphère. Quand j'y retourne, je retrouve vite mes marques. Et au chauffeur de taxi ou au vieil ami, je donne toujours la même réponse à la question : « do you miss Ireland ? ».

Rédigé par Chantal N.

Les derniers rayons du soleil caressent la plage de Galway. C’est mon premier voyage en Irlande : un grand rêve que je réalise enfin ! Mais un rêve que je vis seule, car mon petit ami n’a pas daigné m’accompagner.
Loin des routes sinueuses de l’Ile d’Emeraude, loin des façades colorées de ses pubs animés ; au lieu d’embrasser la vue époustouflante des Falaises de Moher ou de fouler le sol rocailleux de vestiges médiévaux… cet idiot préfère rester devant son ordinateur ! J’en suis d’autant plus triste que nous sommes un 24 février, jour de la Saint-Valentin.
Je me console en photographiant le paysage quand un vieil Irlandais vient à ma rencontre.
- « Hé ! Vous m’avez pris en photo ?, demande-t-il, l’oeil malicieux sous sa casquette de laine.
- Euh… Non. »
Que me veut-il ? Mais je suis contente d’avoir quelqu’un à qui parler.
- « Ceci est la Baie de Galway, continue-t-il aimablement. Au large, c’est le Comté de Clare.
- C’est de là que je viens ! J’ai pris une chambre d’hôtes à Doolin.
- Etes-vous ici en vacances ?
- Oui, pour quatre jours. C’est si court !
- Aimez-vous l’Irlande ?
- J’adore !
- Et d’où venez-vous ?
- De Paris, en France. Mais je suis née au Vietnam, si c’était la question.
- Le Vietnam a été en guerre avec la France, hein. Puis avec les Américains. Avez-vous un Valentin à Paris ? »
Comme il passe du coq à l’âne !
- « Et oui… Mais je suis venue ici sans lui.
- Je n’ai pas de Valentine, aujourd’hui… », dit-il pensivement. Puis il se reprend : « Bien ! Jeune fille, passez un bon séjour ! »
Avant de partir, le vieux ajoute avec un clin d’oeil :
- « Hé, vous ne cherchez pas un mari ? »
Il s’éloigne en riant de sa bonne blague. Belle rencontre… Et s’il était temps, en effet, de me trouver un nouvel amoureux ?

Rédigé par Nathalie L.

Un circuit en vélo, en camping sauvage ou chez l'habitant , en auberge de jeunesse quand la pluie nous empêchait de planter la tente. Nous avons fait le tour de la péninsule de Dingle il y a 30 ans. Nous étions 9 jeunes âgés de 12 à 21 ans. Nous avons eu des galères mais un accueil toujours chaleureux. Un soir , nous avons sonné à la porte d'une ferme au bout du village pour demander à la dame dans notre anglais approximatif si nous pouvions camper dans la prairie voisine. Elle nous a répondu en gaélique et en faisant des gestes. Tout ce que nous avons compris , c'est que c'était d'accord. Le lendemain matin, nous avons été réveillés par les caresses du museau des vaches pointant à travers la toile de tente. Eh oui, il n'y a pas que des moutons en Irlande !

Un autre jour, avec beaucoup d'inconscience, nous avons tenté l'ascension du col de Connor Pass en vélo. Nous n'avions aucun point de chute pour la nuit. Une pluie battante s'est mise à tomber. Nous étions trempés jusqu'aux os, nos affaires étaient alourdies par l'eau. Plus moyen d'avancer en vélo, nous avancions lentement à pied. Pourquoi ne pas demander un abri pour la nuit dans cette maison aperçue au détour d'un chemin ? Sans doute touchée par notre détresse, l'habitante nous a aimablement  proposé de passer la nuit dans l'abri voisin occupé par ......les cochons. Nous avons poliment remerciés , espérant trouver un endroit quand même un peu plus luxueux ...

La dernière rencontre est celle d'un lieu : une plage, nous étions seuls au monde, au loin deux chevaux  broutant dans un pré, une maison, les murets de pierre quadrillant les prairies...Un endroit sauvage et paisible à la fois dont je me souviens toujours avec beaucoup d'émotion ...


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