J’ai toujours été attirée par l’Irlande, mais faire le grand pas d’y aller… mais un jour, où mon moral été au plus bas,triste et seule dans un bar, à redéfinir les priorités de ma vie… le groupe Les corrs passent à la radio, les premières notes me font basculer dans un autre monde, je pose mon stylo et je ferme les yeux, cette musique est reposante, c’est l’Irlande. Et si c’était un signe, c’est peut-être maintenant que je dois aller à Galway. Pourquoi pas.
Irlande: Galway, mercredi dix-sept septembre 2006, vingt et une heure vingt-cinq… dans un pub de la ville.
Et c’est ainsi, que quelques jours plus tard, je me retrouve dans ce fameux pub « The Quays », assise, à mater la beauté du lieu. C’est un ancien pub à matelots, qui a été superbement redécoré dans sa partie supérieure grâce à un véritable intérieur d’église ramené d’Ecosse. Tout est fabuleux, les boissons, la musique, l’ambiance.
Un homme s’approche de moi, il est intrigué de me voir toute seule, enfouie dans mes pensées, les deux mains entourant le verre de bière plein. Il en décide autrement et s’invite à ma table, il s’appelle Derrick.
Il ressemble à un viking, il a de longs cheveux frisés à tendance rousse, une voix très grave, des dents jaunies par le tabac. Il parle avec un fort accent irlandais, c’est évident, je suis de Galway me confit-il.
Il passe ces soirées à chanter et à jouer de la guitare dans les pubs de la région, c’est sa passion, son métier. Il n’est pas très beau, mais il a beaucoup de charme, un grand sourire qui en dit long sur sa vie passée. Il boit la bière comme un vrai Irlandais, quelle descente ! On parle de tout et de rien, c’est agréable et très intéressant. On rit, on en est à notre troisième pinte, on se drague un peu. Il parle de son pays, ses endroits préférés, me décrit la beauté des îles d’Aran, notamment Inishmore et son Fort de Dun Aengus.
Il raconte des légendes concernant une falaise magique de 80 mètres de haut…
J’aime ce pays pour ses histoires, ses contes. Les légendes font partie de la littérature orale transmise de génération en génération lors des veillées. Quels que soient nos âges, nos appartenances ethniques, notre sexe, on a tous envie d’y croire.
Arrive le moment où il me quitte pour aller rejoindre ses amis musiciens sur la scène et aller chanter.
J’abandonne donc aussi la grande table, je m’installe au comptoir commander une autre Smithwick’s et j’écoute ce groupe traditionnel dans l’ambiance bien connue d’un pub irlandais.
De U2 à Corrib Folk, en passant par Sean Dynes, The Pogues, Derrick sait mettre en musique toutes ces belles mélodies. Les verres en l’air, toute la salle chante, et regarde la scène. Les musiciens jouent du bodhran, du wistle, du violon, et Derrick de la guitare. Il est super beau à présent, parfois la beauté n’est pas apparente, elle est souvent cachée.
I would like to sing a special song for a French girl, a pretty girl, her name is Viviane, and this song is for you Viviane. She’s a beautifull woman, a very nice girl. I’m in love with you Viviane, I love you, I love France! I love you Viviane, annonce t-il au micro juste avant de chanter, ma chanson.
Je n’en crois pas mes oreilles, mon teint passe alors de l’orange au rouge plus vite qu’un feu de signalisation, tellement mon cœur est touché. J’ai chaud, je ne sais si c’est l’effet de l’alcool, de l’émotion de l’entendre me dédicacer une chanson, ou tout bêtement qu’il me dise qu’il m’aime. Quelle touchante attention, je lui avais dit que la chanson que j’aimais le plus était « Dirty old town » la chanson chantée par le groupe The Pogues. Chantée par lui, cette chanson avait un charme encore plus merveilleux. Je suis hypnotisée par Derrick, il a trouvé la clé d’une porte jamais ouverte, celle de mon coeur. La musique, les paroles me parlent, je suis envahie d’une joie sincère et inattendue. Les gens me regardent, on lève nos verres : Slainte ! Santé pour tous ! On est remplis de joie et de bières.
J’ai le cœur qui bat la chamade, je suis vraiment heureuse, je me sens belle, et si timide à la fois. Ma tête joue sur le rythme de la musique, mes mains tapotent sur le comptoir, tout le monde chante avec lui. Derrick m’a touché, je me sens comme une collégienne devant son premier flirt. Je suis aux anges, cet homme-là, je ne le connais pas, mais il a agité une baguette magique. Il m’a aimé juste le temps de le dire, et ça c’est fabuleux.
Le comptoir ne désemplit pas, toujours débordant de verres, de coudes qui se touchent, de groupes de touristes qui s’arrêtent par là, de vieux Irlandais qui connaissent par cœur les chants traditionnels.
Oui sans aucun doute, ce soir, est une découverte exceptionnelle. J’ai même pleuré, mais ce sont des larmes de joie, de bonheur.
Le concert terminé, je suis allée voir Derrick, mon prince du pub pour le remercier de sa dédicace, de cette fantastique et inoubliable soirée. Il me sourit sans arrêt, il a un rire grave d’homme bien mûr. Ses magnifiques et persans yeux gris perle brillent de mille feux, c’est clair que pour lui, ce n’est que le début de la fête. Il m’invite à une veillée dans un autre pub de la ville, je décline l’invitation.
- Thanks, Derrick, je te remercie, mais demain matin je voudrais aller au fort de Dun Aengus très tôt, j’ai très envie de découvrir cette falaise, lui dis-je avec un petit sourire en coin et un clin d’oeil.
Sur ces paroles, il m’embrasse tendrement et délicatement sur la bouche, nos yeux restent fermés, il me semble que ce baiser dura une éternité.
- Je te souhaite une bonne nuit, et une agréable journée pour demain ( en anglais of course !) « see you soon in Galway ».me chuchote t-il.
Il me regarde, marche à reculons et s’éloigne pour rejoindre le reste de son groupe au comptoir.
Je ne sais pas pourquoi je lui ai répondu cette phrase, avant même de le lui dire, je ne savais pas moi-même que je voulais voir ce monument. Je ne fais que lui sourire et le regarder amoureusement, plus aucune parole ne sort de ma bouche, j’ai les larmes qui me reviennent. Dans ma tête, je me dis : merci, Derrick, merci de t’avoir rencontré, merci d’avoir été là ce soir. Je sais ce que je veux maintenant, j’avais oublié la chose la plus importante sur la liste de ma nouvelle vie. Je veux aimer et être aimée. L’amour sera ma priorité.
Il ne me faut que deux minutes pour rentrer à l’auberge Barnacles, à quelques pas du pub.
Je n’ai pas froid, l’alcool est encore dans mon corps, et la douceur des lèvres de Derrick sur ma bouche. Je ris encore.
Étendue sur le lit, seulement recouverte d’une fine couverture en nylon, je contemple le plafond. La tête me tourne un peu, je sentais pointer l’insomnie, je suis encore sous l’effet du bonheur d’avoir trouvé la chose. Je consulte les horaires du bateau pour aller aux îles d’Aran… demain j’y serais. Un dernier coup d’œil à mon guide du routard, un bref résumé sur Galway, ma nouvelle ville d’adoption. Une brève lecture sur l’histoire de la bague de Claddagh, elle a une signification très importante pour les Irlandais, c’est leur alliance traditionnelle. Trois symboles y sont représentés : l’amitié, la fidélité et l’affection. L’anneau raconte une histoire romantique. Quelle belle façon de plonger dans un somptueux sommeil pour retrouver les bras de Morphée. Le sourire aux lèvres, les yeux fermés, en position du fœtus, le guide entre mes mains, je ne touche plus terre, je vole vers les nuages, une bague au doigt. Je suis heureuse.
L’Irlande fut une découverte émotionnelle. Je porte à mon annuaire la bague de Claddagh, il n’y a pas un jour où je ne pense pas à Galway. Ce pays reste à mes yeux le plus beau voyage de ma vie, j’ai réalisé que l’expression je t’aime était magique. Une révélation extraordinaire…